Connexion
Pseudo

Mot de passe



Mot de passe perdu ?

Pas encore membre ?
Inscrivez-vous !

Menu principal

Qui est en ligne ?
#24 invité(s)
#0 membre(s)
#5376: Membres enregistrés

Vous êtes Anonyme.
Inscrivez-vous maintenant !

Rendez-vous

/  Index des forums » Général » Autres artistes, autres musiques...

     ≡  RAY CHARLES : Concerts et Hommages sur France Télévision ...


Nouveaux en premier Imbriqués 
 Imprimer le sujet 


§Totem # 5 ≡ Re: Concerts de RAY CHARLES , Dimanche 13/06/2004 Sur France



Totem


37 posts depuis
le 27/2/2003
De : EveryWhere



Ray Charles, le génie rend l'âme
LE MONDE | 11.06.04 | 13h20 • MIS A JOUR LE 11.06.04 | 17h56

Le créateur de "What'd I Say", "Georgia on My Mind" et "Hit the Road, Jack" est mort, jeudi 10 juin,
à Beverly Hills, d'une maladie du foie. Compositeur, chanteur, pianiste, il avait porté la soul music
à son plus haut niveau, lui faisant franchir les barrières raciales.

Le 6 mars 2004 , Ray Charles est monté sur scène lors d'un gala à Los Angeles. Quincy Jones et Stevie
Wonder le soutiennent : "C'est la dernière fois que vous me voyez, je vous aime tous !" Après quoi, il fit
venir ses onze enfants et leur parla sans témoin. Deux mois et quatre jours plus tard, Ray Charles est mort,
jeudi 10 juin, chez lui, à Beverly Hills, d'une maladie du foie.

Comme avec Duke Ellington, Count Basie, Miles Davis et les autres, il passait pour pointu de prétendre que
Ray Charles était fini depuis longtemps. Comme pour Duke, Count, Miles et les autres, un immense public
et le dernier carré des fidèles n'auraient manqué pour rien au monde un concert de lui : juste pour entendre
"Georgia" comme un soupir dans Georgia on My Mind... Un récital de Ray Charles, c'était l'opéra le plus pur,
le plus strict, le plus sensuel, le plus inspiré qu'on puisse voir.

L'entrée, déjà : l'orchestre en tenue de soirée chauffe à blanc. Un aboyeur tonitrue (comme à la boxe) :
"Ladies and gentlemen, voici l'arrivée du prince de la soul music ! le Genius ! Mister... Ray... Chââârles !"
Lui, ensuite, visiblement non voyant, imposant à sept générations les lunettes de soleil les plus "hip" de
la planète, un sourire fondant à la Naguib Mahfouz, déjà dansant vers le piano auquel un valet le conduit,
sapé de vestes chamarrées, de vestons pailletés, torero scintillant de toutes les musiques noires, la soul,
mixture entre blues, jazz et gospel sacrilège ; musicien-musicien, les bras noués sur la poitrine, cherchant
en tanguant la juste distance à tous ces pianos à queue qui auront sous ses yeux figuré le noir continent de
l'Afrique, il plaque les premiers accords en raccord parfait avec le concert de la veille.

Ray Robinson, dit Ray Charles, est né à Albany, Géorgie (Georgia), le 23 septembre 1930. L'enfance misérable,
le racisme à fleur de peau, le Sud profond et la violence ordinaire infligée aux pauvres, tout est dûment
homologué par Le Blues dans la peau (1978) et le volumineux Ray Charles, de Michael Lydon (éditions Larivière).
C'est pour se différencier du génie de la boxe, Ray "Sugar" Robinson, qu'il prend un pseudonyme.
Lui, Ray Charles, se détache de son nom de Robinson en 1950, et de son "sugar" empoisonné (l'héroïne),
en 1965. On l'a appelé le "Genius". Il s'y est prêté. Naître noir en Géorgie au début des années 1930 vous
garantit un destin de chien : avec option pour la prison ou la peine de mort. Devenir aveugle pour avoir vu
ce qu'on ne devait pas voir - son frère George se noyer dans une lessiveuse - complète le panorama clinique.
Lors de la noyade, le petit frère a 4 ans, Ray Robinson, 5 : il développe un glaucome dans les semaines
qui suivent.

POSITIVISME HÉRITÉ DU GOSPEL

En 1937, il entre à l'école pour aveugles de San Augustine (Floride). Son voisin, Wylie Pittman, est un
pianiste de la classe de James P. Johnson. Oreille absolue, multi-instrumentiste surdoué, Ray Robinson aime
Bach, Beethoven, Artie Shaw et Tatum. Orphelin, il comprend vite qu'il faut aller au Nord : à Seattle,
il fonde à 17 ans le McSon Trio (dit aussi le Maxim Trio). Il accompagne les solides tenants du blues,
Lowell Fulson, T-Bone Walker, Joe Turner (1950).

Il a définitivement quitté la campagne de ces Willie l'Aveugle (Blind Willie) et John le Manchot (One Arm John)
"qui portaient leur handicap en guise de patronyme" (Sebastian Danchin, Encyclopédie du rhythm'n'blues et de
la soul, Fayard).

Les temps changent. Ray Charles change les temps. Pour Danchin : "Il n'est pas anodin que l'inventeur
de la musique soul ait été un musicien aveugle, capable mieux qu'un autre de percevoir le changement
et d'en transposer la réalité dans sa musique, rompant avec le fatalisme individuel du blues pour mettre en
avant le positivisme communautaire hérité du gospel." Il choisit sa façon de se faire voyant.
Devient la coqueluche des clubs de Seattle que fréquentent des publics "mixtes".

Il chante dans le style de Nat King Cole : trio piano pour cocktail-bars, persillé de ce rhythm'n'blues
naissant peaufiné aux côtés des saxophonistes ténors velus (Stanley Turrentine). Confession Blues connaît
le succès, Kiss-A me Baby le confirme. Ahmet Ertegun, du label Atlantic, l'arrache à Jack Lauderdale, son
premier manager. Les choses sont lancées. Ray s'acoquine avec des chanteuses (Ruth Brown, Moms Mabley).
Il concocte de petits groupes avec le saxophoniste David Newman. En 1954, il change l'eau en vin et
le bigot en porno : triomphe absolu avec un gospel salace, une incantation de prédicateur du sexe :
I've Got a Woman.

Qui n'a pas entendu cet hymne éblouissant à la joie de vivre et d'embrasser, gravé à Atlanta devant une foule
de "brothers" par Brother Ray, n'a pas vécu et ne peut rien comprendre à la lutte pour les droits civiques.
Les puritains lui reprochent d'avoir remplacé le nom de Jésus par celui de Baby. Il fait pire : il troque les
guitares pour des souffleurs de choc (Hank Crawford, Don Wilkerson), s'adjoint un groupe de sémillantes
choristes, les Raelets (Marjorie Hendrix et Mary Ann Fischer), et installe un méchant piano électrique.

Ce qui ne l'empêche pas de jouer avec Oscar Pettiford et Milt Jackson. Il abasourdit le Festival de jazz de
Newport en 1958. Le public blanc fait son entrée sur un piquant sacrilège : Hallelujah I Love Her So.
Consécration à Carnegie Hall en 1959. S'ensuit une trahison d'Atlantic pour ABC-Paramount qui
promet la conquête du monde (1960) : des millions de couples se forment sur Georgia on My Mind.
Quincy Jones se mêle des cuivres et des violons. Succès stratosphérique en 1961 (Hit the Road Jack).

Plusieurs légions de boutonneux tapotent partout, à Kyoto, à Bilbao, dans les quartiers nord de
Périgueux, l'introduction de What'd I Say. Laquelle est devenue, avec questions-réponses des
filles, comme à l'église mais en guipure de baptiste mauve, l'indicatif de l'orchestre.
Là-dessus, Ray Charles, contre l'avis de sa major, enregistre de la musique country.
Il n'a pas le sens du vent : il est Eole soufflant pour Icare (I Can't Stop Loving You).

Quoi qu'il touche, le cinéma (In the Heat of the Night, 1967, la chanson du film Dans la chaleur de la nuit),
les standards, une bluette des Beatles ou le gros blues qui tache (Crying Time), il fait un tabac.
Ses grognements sont un sonnet ; ses hurlements, une élégie ; ses râles, une plainte d'amour.

La première de ses transgressions, la façon dont il traite sa cécité : "J'avais le choix entre me procurer
une canne blanche et une sébile pour m'installer au coin d'une rue, ou prendre mon courage à deux mains
et tout faire pour devenir musicien." Les autres, les traboules secrètes qu'il perce entre le blues, le jazz,
le country, le gospel, Chopin, la Shiloh Baptist Church, où l'entraînait sa mère, et Sibelius ; transgression
entre le sacré et le profane de music-hall ; transgression entre sa voix de velours grave et sa voix de femme ;
transgression entre petits combos de campagne et grands orchestres ; transgression entre les publics, noirs
et blancs, populaires et bourgeois, américains et autres. Une seule donnée de fond jamais ne sera
transgressée : le blues, le blues, le blues.

Francis Marmande
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 12.06.04
lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-368494,0



Terra Matria Nostra
»13.06.04 - 08:07 Profil Visiter le site
 Imprimer le sujet 

   

Rechercher

Mots clés :    

[ Recherche avancée ]

Permissions

Vous ne pouvez pas créer un sujet.
Vous ne pouvez pas éditer les sujets.
Vous ne pouvez pas ajouter des sondages.
Vous ne pouvez pas attacher des fichiers.
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets.
Vous ne pouvez pas supprimer.
Vous pouvez voter.
XML / RSS
- Page créée en 0.07 Secondes -